Acquérir un bien immobilier ensemble est souvent une étape importante dans une relation. Mais quand on n’est pas marié, les règles du jeu changent radicalement. Que vous soyez en concubinage ou pacsé, votre statut juridique détermine qui possède quoi, comment le crédit est réparti, et ce qu’il advient du bien en cas de séparation ou de décès.
Voici ce que chaque couple devrait savoir avant de signer.
Le concubinage, ou union libre, n’offre aucun cadre légal automatique pour les achats immobiliers. Lorsque deux concubins achètent ensemble, ils deviennent co-indivisaires : chacun détient une quote-part du bien, proportionnelle à sa contribution financière. Cette quote-part doit être mentionnée explicitement dans l’acte de vente notarié.
Sans cette précision, la loi suppose une répartition à parts égales, même si l’un des deux a apporté beaucoup plus que l’autre. En cas de séparation, chaque propriétaire peut exiger la vente du bien ou le rachat de sa part — ce qui, dans les faits, peut forcer la vente si aucun accord n’est trouvé.
En cas de décès, la situation est encore plus délicate : le concubin survivant n’hérite de rien automatiquement. Sans testament ni autre dispositif, la part du défunt revient à ses héritiers légaux, qui peuvent exiger leur part du bien.
Les partenaires pacsés bénéficient d’un régime légal plus structuré. Depuis 2007, le régime par défaut du PACS est la séparation de biens. Concrètement, chaque partenaire reste propriétaire de ce qu’il apporte et de ce qu’il acquiert seul. Pour un achat commun, les quotes-parts doivent là encore être précisées dans l’acte notarié.
Le PACS offre quelques avantages fiscaux notables : les droits de succession entre partenaires pacsés sont supprimés, et les droits de donation sont réduits. En revanche, en cas de décès sans testament, le partenaire pacsé n’hérite toujours pas automatiquement. La rédaction d’un testament reste indispensable pour assurer une protection réelle.
Les partenaires pacsés peuvent également opter pour le régime de l’indivision, en le précisant expressément dans leur convention de PACS ou dans l’acte d’achat.
Le mariage offre le cadre le plus protecteur, notamment sous le régime légal de la communauté réduite aux acquêts. Les biens achetés ensemble pendant le mariage appartiennent aux deux époux, indépendamment de qui a financé quoi. En cas de décès, le conjoint survivant bénéficie de droits successoraux légaux importants.
Les époux peuvent également opter pour d’autres régimes (séparation de biens, communauté universelle) via un contrat de mariage. Chaque situation est différente, et une consultation notariale avant l’achat est fortement recommandée.
Que vous soyez en concubinage ou pacsés sous le régime de séparation de biens, l’achat commun vous place automatiquement en indivision. Chacun détient une fraction du bien, qui doit être clairement définie dès l’acte d’achat.
Exemple concret : Lucas et Sophie achètent un appartement à 300 000 €.
Si les contributions sont équitables dans les proportions, le notaire peut acter que Lucas détient 66 % du bien et Sophie 34 %. En cas de vente, chacun recevra sa quote-part sur le prix. En cas de séparation, l’un peut racheter la part de l’autre sur la base de la valeur du marché au moment du rachat.
Attention : si les apports personnels proviennent de fonds propres (héritage, donation, épargne antérieure à la relation), il est essentiel de le faire constater par acte notarié pour protéger ces sommes.
C’est souvent le point le plus oublié, et pourtant le plus important. En concubinage comme en PACS, sans dispositions préalables, le partenaire survivant ne reçoit rien automatiquement.
Plusieurs outils existent pour y remédier :
Lorsqu’un couple non marié souscrit un crédit immobilier en commun, les deux partenaires sont co-emprunteurs solidaires. Cela signifie que la banque peut réclamer la totalité des mensualités à l’un ou l’autre en cas de défaut de paiement, quel que soit le partage convenu entre vous.
Il est donc crucial que :
Un pacte d’indivision rédigé par un notaire permet de prévoir toutes ces situations, y compris un droit de préemption au profit de l’un en cas de cession de parts.
Acheter à deux ne signifie pas fusionner toutes ses finances. Chacun peut continuer à gérer son patrimoine propre en parallèle : épargne, placements, actions en bourse.
Si l’un des partenaires investit de son côté en bourse, il est utile de tenir un suivi rigoureux de ses positions — surtout si ces actifs ont vocation à financer un futur apport ou à compléter un patrimoine commun. Des outils comme suivre ses actions en bourse permettent de centraliser ses positions manuellement : lignes ouvertes, prix de revient, résultats réalisés, notes de décision. TOSGOLD adopte une approche entièrement manuelle, sans ordre automatique ni conseil en investissement — l’objectif est simplement d’avoir une mémoire claire et structurée de son portefeuille.
Maintenir une vision nette de ses actifs personnels est d’autant plus important dans un achat en couple : en cas de séparation, distinguer les fonds propres des fonds communs peut éviter de longues disputes.
Avant de vous retrouver chez le notaire, voici les éléments à préparer et les questions à trancher :
Un achat immobilier en couple non marié n’est pas plus risqué qu’un achat classique — à condition d’anticiper. Les pièges ne viennent pas du bien lui-même, mais de l’absence de formalisation : des quotes-parts non précisées, une assurance insuffisante, un partenaire sans droit successoral.
La consultation d’un notaire avant la signature est la meilleure décision que vous puissiez prendre. Ce n’est pas une formalité — c’est une protection concrète pour vous deux. Prenez le temps de poser toutes vos questions, de simuler les scénarios de séparation et de décès, et de mettre vos accords par écrit. Un projet immobilier bien structuré est un projet serein.
Un concubin a-t-il des droits sur le logement en cas de décès de son partenaire ?
Non, sauf disposition contraire (testament, clause de tontine). Sans acte préalable, la part du défunt revient à ses héritiers légaux, pas à son concubin.
Le PACS protège-t-il automatiquement le partenaire survivant sur le logement ?
Non. Le partenaire pacsé n’hérite pas automatiquement. Un testament est nécessaire pour lui transmettre la quote-part du bien. En revanche, les droits de succession entre partenaires pacsés sont supprimés.
Peut-on préciser des quotes-parts différentes de 50/50 dans l’acte d’achat ?
Oui. Le notaire peut acter une répartition personnalisée, en proportion des apports et/ou des mensualités de chacun. C’est fortement recommandé lorsque les contributions financières sont inégales.
Qu’est-ce qu’une convention d’indivision et est-elle obligatoire ?
Elle n’est pas obligatoire, mais elle est très utile. Elle formalise les règles de gestion du bien en indivision : durée, conditions de vente, droit de préemption. Elle peut prévenir de nombreux conflits en cas de séparation.
La clause de tontine est-elle adaptée à tous les couples ?
Non. Elle est surtout pertinente pour les couples sans enfants. En présence d’héritiers réservataires, elle peut être remise en cause sur le plan successoral.